Anarchie totale.html Handicap Et Révolution .
HANDICAP ET REVOLUTION.





INTRODUCTION: QU' EST-CE QUE LE HANDICAP?

Qu'est-ce que le handicap? Cette question qui semble au premier abord totalement légitime, ne l'est pas du tout en réalité. Tout d'abord parce que plusieurs études sérieuses ont déjà été menées sur le sujet et que selon les critères de classification et les catégories qui en découlent, le nombre de personnes handicapées en France fluctue entre quelques milliers et douze millions! Ensuite parce que, définir une personne handicapée comme étant une personne ayant une déficience mentale ou motrice, c'est accepter l'idée qu'il existe des individus parfaitement sains et normaux, c'est faire l'impasse sur le vécu et les sensations personnelles que chacun de nous éprouve en vivant avec son handicap, et c'est également faire le jeu de ceux qui désirent nous ranger dans des cases sans que nous puissions en sortir. Non seulement cela permet de justifier toutes les idéologies fascistes, mais cela contribue à hiérarchiser l'espèce humaine et a briser la solidarité qu'il peut parfois exister. Le handicap fait parti de nous, mais nous ne pouvons y être réduits. Nous ne sommes pas des anormaux. Nous sommes des variantes uniques du génome et de l'Humain et nous ne devons jamais oublier que les individus ne sont handicapés que par la vision d'autrui.

I-LE HANDICAP AU SEIN DU MODE DE PRODUCTION CAPITALISTE

Jours après jours le capitalisme laisse de plus en plus de gens sur le trottoir... Des exclus... des parias...
Aujourd'hui, les handicapés sont au rang de ceux là...
De ceux qu'on dit vouloir intégrés, mais qui ne seront jamais tout à fait comme les autres, et dont les conditions de vie sont finalement totalement niées.
Nous devons ainsi quotidiennement faire face aux regards accusateurs, aux jugements hâtifs et aux remarques blessantes rappelant les heures les plus sombres de notre histoire, nous ramenant ainsi au rang de sous-hommes. Mais finalement il n'y a rien de surprenant à cela, puisque cette attitude est cautionnée par l'Etat. En effet, avec un taux de chômage atteignant les 20% (1) nous constituons la population la plus touchée par celui-ci et nous sommes également les personnes les plus discriminées en France (2)! Il ne faudrait pas non plus oublier que certains d'entre nous ne peuvent pas faire face à tout cela car les endroits où ils vivent ne sont pas adaptés pour qu'ils puissent se déplacer, ou bien parce qu'ils n'arrivent pas à affronter le regard des autres.
Alors bien sûr nous pouvons demander de l'aide... Une aide occasionnelle que nous trouvons lorsque nous voulons traverser un trottoir, ou encore retirer de l'argent au distributeur. Mais qui prendra le temps de faire notre connaissance et de nous aider pour aller voir un concert ou un film que nous avons envie d'aller voir? Plus grand monde... Sûrement par peur de ne pas savoir comment s'y prendre, peur des responsabilités que cela implique ou peur du regard des autres. Ainsi, nous devons constamment faire appel aux même personnes au risque qu'elles soient lassées et épuisées. Mais vous êtes vous déjà demandé ce que ça fait de toujours devoir demander de l'aide, de toujours être discret afin que, malgré tout ce qu'on demande, on ne s'impose pas? Cette aide peut prendre différentes formes, car selon le types de handicap, il peut par exemple s'agir d' aide pour se déplacer ,manger, écrire, s'habiller, prendre une douche ou bien mettre en place une sexualité...

Aujourd'hui, la sexualité des personnes handicapées est un sujet tabou. Pourtant nous ne sommes pas des êtres assexués et nous avons également droit au plaisir. Il est indéniable qu'une sexualité épanouie permet de ce construire psychologiquement et humainement. Dans les réunions où la question de la sexualité des personnes handicapées est abordée, la seule réponse apportée est souvent celle de la prostitution.

Mais analysons concrètement la situation.

Selon l'article 1 du décret du 5 novembre 1947 de la loi Française, la prostitution désigne "l'activité d'une personne qui consent habituellement à des rapports sexuels avec un nombre indéterminé d'individus moyennant rémunération". Ici le terme de "rémunération" peut être pris au sens large: argent mais également objets à valeur marchande ou même services (3). Bien qu'elle existait bien avant le Moyen-Age, la prostitution s'est considérablement développé avec l'avènement des sociétés marchandes (4). Dans celui-ci trois types de personnes différentes interviennent: les prostituées de sexe majoritairement féminin, les clients et les proxénètes de sexe essentiellement masculin. D'après l'article 225-5 du code pénal, (5) toute personne qui aide, assiste, protège, embauche des personnes, exerce une quelconque pression à des fins de prostitution ou tire profit d'actes sexuels rémunérés, est considéré comme proxénète. Cependant en France, malgré sa démarche abolitionniste, la prostitution n'est pas interdite et les proxénètes continuent à exploiter les prostitué(e)s.
Mais, depuis le milieu des années 70, des collectifs de prostitué(e)s se sont constitués afin de contrer le discours abolitionniste qui fait d'eux et d'elles des victimes, et ainsi faire entendre leurs voix. Cependant, ces collectifs affirment ne pas être consultés, ni par le gouvernement ni par les associations abolitionnistes, lorsqu'une décision qui les concernes est prise. Ces collectifs, tel le STRASS (Syndicat des TRAvailleurs du Sexe) en France, réclament que la prostitution soit reconnue comme un métier à part entière, que les travailleurs(euses) du sexe ne soient plus considéré(e)s comme des inadapté(e)s sociaux(ales) et qu'ils et elles puissent bénéficier de tous les droits inhérents à l'exercice de leur profession, qu'un titre de séjour soit délivré à tou(te)s les prostitué(e)s étrangers(ères) victimes d'exploitation, la multiplication des campagnes de prévention contre le Sida et autres IST, ainsi que l'abolition des lois sur le racolage passif et le proxénétisme qui, non seulement ne mettent pas fin au "proxénétisme d'exploitation" (ou "de contrainte"), mais qui de plus criminalise encore davantage les prostitué(e)s. Néanmoins, ces collectifs ne nient pas que la traite des femmes et la prostitution forcée existent et se battent justement pour l'indépendance des prostitué(e)s et la criminalisation des proxénétisme de contrainte (6).
Mais le monde de la prostitution est un monde complexe qui nécessiterait une étude beaucoup plus approfondie...
Au premier abord, l'assistance sexuelle peut ressembler à de la prostitution mais en y regardant de plus près on s'aperçoit qu'il n'en est rien.
Une enquête menée en 2009 par la sexo-pédagogue Anne Doat montre qu'en France la demande pour la mise en place d'aidant(e)s sexuel(le)s est très importante:

Questionnaire (7)
Question OuiNonNe sais pas
Pensez-vous que cette fonction peux-être utile en France? 90%0% 10%
Etes vous favorable à l'organisation d'une association en France?
90%0% 10%
Pour vous, cette fonction d'assistant sexuel est ce de la prostitution?
10%70% 20%
Une forte majorité des personnes interrogées lors de cette enquête disent que l'assistance sexuelle n'est pas de la prostitution. Or, le lieu commun est de croire que la plupart des prostitué(e)s sont exploité(e)s par des proxénètes. Mais à l'image de ceux mis en place en Suisse, en Belgique, en Allemagne et en Hollande, les assistant(e)s sexuel(le)s français(es) seront des personnes volontaires, travaillant essentiellement dans le milieu médical, ce qui garantira leur indépendance financière et qui connaîtront ainsi les pathologies liées au handicap. Ainsi, l'argent ne sera donc pas l'élément de motivation premier des assistant(e)s sexuel(le)s qui bénéficieront également d'une formation médicale de 500 heures, concernant les besoins sexuels des personnes handicapées. Du fait que l'argent généré par l'assistance sexuelle ne constituant pas les principaux revenus de ces personnes, l'argent pourrait être supprimé. De plus cette assistance ne s'adresserait qu'aux personnes très lourdement handicapées. Ces quelques précisions permettent de différencier la prostitution de l'assistance sexuelle. Cependant si à ce jour les partisans de l'assistance sexuelle demandent une exception à la loi, ce n'est pas pour rapprocher l'assistance sexuelle de la prostitution, mais bien parce qu'aujourd'hui tout intermédiaire entre la personne handicapée et l'assistant(e) sexuel(le) est considérée comme proxénète.
S'il est vrai que la demande pour une assistance sexuelle est essentiellement masculine et s'adresse donc en priorité aux femmes, ce qui reproduit le schéma de l'exploitation patriarcale, il me paraît absurde d'en tenir les personnes handicapées pour responsables, car la grande majorité d'entre nous, du fait du combat quotidien qu'ils et elles doivent mener pour survivre au sein du capitalisme, ne sont pas politisés. Cependant l'absence de l'affirmation des besoins sexuels féminins peut être éclairée par plusieurs éléments, car en plus de devoir, comme toute les femmes, faire face au sexisme régnant dans nos sociétés et qui s'exprime dans la publicité, les magazines, les religions, le monde du travail ou les insultes , la femme handicapée doit affronter "la tyrannie de la norme et de la normalité" (8), qui voit en elle une femme diminuée incapable d'avoir des enfants et de s'en occuper. S'il est communément admis qu'en France une femme sur dix est victime d'agressions sexuelles ou de maltraitance dans son milieu familial, ce qu'on sait moins par contre c'est qu'une femme handicapée sur trois doit faire face à ce type de violence au sein de sa famille et il en est de même dans les institutions (9). Ces violences familiales et institutionnelles peuvent s'expliquées de différentes manières: du fait de leur handicap ces femmes sont souvent plus fragile et plus dépendantes que les autres ce qui mène souvent à la surprotection, ainsi elles n'ont pas appris à dire non et se sentent coupables de ce qui arrivent. La dépendance induite par le handicap est également souvent retourné contre ces femmes par les personnes qui abusent d'elles et, ayant une mobilité considérablement réduite, elles ne peuvent pas agir aussi aisément que les femmes valides, aussi bien physiquement que juridiquement, contre les actes de leurs agresseurs car elles ne sont pas prises au sérieux par les autorités compétentes (10). Malheureusement, le mépris et la violence envers la sexualité des personnes handicapées existent aussi dans d'autres pays...(11) Bien évidemment l'assistance sexuelle ne remplacera jamais une relation amoureuse dans laquelle chacun se donne pleinement l'un à l'autre, mais elle pourrait permettre d'éveiller des sentiments inconnues pour des personnes pour qui la construction d'une vie affective est compliquée, car pour nous, personnes handicapées, s'il est évident que chacun fait ce qu'il veut de sa vie sentimentale, on a parfois l'impression que personne handicapée ne peut pas être un(e) partenaire potentiel, et derrière chaque refus subsiste le doute d'être rejeté à cause de notre handicap, ce qui est extrêment culpabilisant. Cependant, afin d'éviter toute confusion entre prostitution et assistance sexuelle, il me semble préférable que celle-ci soit assurée bénévolement. Mais l'assistance sexuelle n'est qu'une réponse parmi d'autres auxquelles il nous faut réfléchir. Cependant, bien qu'il soit théoriquement illégal d'interdire toute personne handicapée d'avoir des rapports sexuels (12), cette pratique est violemment réprimée par les institutions...
Mais la violence envers les femmes handicapées au sein des institutions spécialisées ne s'arrête pas là puisque derrière la négation de leur sexualité se cache aussi la peur et la négation de leur maternité. C'est ainsi que les femmes handicapées y sont stérilisées de force (13).

Les différentes structures pouvant accueillir les personnes handicapées peuvent être classées en deux catégories (14):

-Les établissements pour enfants:




• IME (Institut médico-éducatif )


• IEM (Institut d’éducation motrice)

• SESSAD (15)(Service d’éducation spéciale et de soins à domicile )

• CAMSP et CMPP (Centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP) et Centre médico-psycho-pédagogique (CMPP))

• Etablissements pour enfants et adolescents polyhandicapés


• ITEP (Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique)


• Institut d'éducation sensorielle


• CAFS (Centre d’accueil familial spécialisé)




Réadaptation professionnelle
Etablissement de réadaptation/rééducation professionnelle pour adultes handicapés Sous cette appellation sont regroupés les centres de préorientation qui proposent, à partir d'un diagnostic préalable, l'orientation des personnes handicapées notamment dans les centres de réadaptation professionnelle. Ils sont dotés de moyens techniques d'apprentissage et de formation générale. Ils ont pour objectif de faciliter la réinsertion sociale du travailleur handicapé en vue de l'exercice d'une profession en milieu protégé ou en milieu ordinaire de travail.


• ESAT (Etablissement et service d’aide au travail)


• Entreprise adaptée (EA)


• SAVS (Service d’accompagnement à la vie sociale


• Foyer de vie ou occupationnel


• Foyer d'hébergement


• FAM (Foyer d’accueil médicalisé)


• MAS (Maison d’accueil spécialisée)

Si le placement de la majorité d'entre nous dans l'un ou l'autre de ces lieux d'accueil dépend, de notre âge, de notre autonomie et de nos capacités physiques et intellectuelles, le regard que nous portons sur les institutions où nous avons grandis semble unanime: si une solidarité et une fraternité face à l'adversité et la différence naissent souvent au sein de ces lieux de vie que sont les IEM ou IME, ces structures sont aussi et surtout des lieux où nous sommes mis à l'écart du monde extérieur, et où nous n'avons aucun pouvoir de décision sur tout ce qui régit nos vies. Ces institutions permettent notre scolarisation et ont également l'avantage de regrouper une équipe médicale spécialisée qui nous encadre et qui répond aux besoins qu'occasionnent nos handicaps. Mais, en plus de ne pouvoir choisir quelles personnes nous voulons pour notre accompagnement, comme toute personne choisit ses médecins, la distance mise entre nous et les encadrants (médecins et éducateurs), au nom de de la professionnalisation, nous empêche de créer des relations véritablement amicales. Dans certains de ces établissements se trouve un internat, parfois également ouvert le week-end et une partie des vacances, dans lequel, les règles de vie qui sont adoptées sont parfois tellement éloignées de celle de la société qu'elles rendent encore plus difficile la confrontation avec le monde réel. Certains alors, y passe la semaine car leur famille étant domiciliée trop loin, ils ne pourraient être scolarisés et d'autres, dont la famille n'arrive plus à affronter le handicap y passe leur vie...(16)

Il existe aujourd'hui plus de 2000 établissements en France (environ 1450 ESAT et 650 EA) pouvant spécifiquement accueillir des travailleurs handicapés (17).
Suite à la loi du 11 février 2011, les Etablishments et Services d'Aide par le Travail (ESAT) ont remplacés les Centres d'Aide par le Travail (CAT). Si le nom a changé, les conditions d'exploitations sont sensiblement les même.
Les ESAT sont des structures médico-sociales ouvertes à tous types de handicap. Cependant les places au sein de ces institutions sont prioritairement destinées à ceux d'entre nous qui ne peuvent pas travailler, à temps plein ou à temps partiel, de manière indépendante, ni dans une entreprise ordinaire ou adaptée, ou bien travailler à domicile. Ceux qui y sont acceptés sont âgés d'au moins vingt ans et ont une capacité de travail inférieur ou égale à 33%. L'orientation en ESAT se fait par l'intermédiaire de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) et plus particulièrement au sein de la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) (18).
Après une période d'essai de 6 mois qui a pu être renouvelée une fois, le ou la travailleur(euse) handicapé(e) signe un contrat d'aide et de soutien par le travail, contrat qui le lie à l'ESAT pendant un an. Mais le travailleur(euse) n'acquiert pas pour autant le statut de salarié et si cela lui permet en théorie de ne pas être mis(e) à la porte, en cas de litige cela affaiblit considérablement ses moyens de défense: pas de comité d'entreprise, pas de syndicats, pas de délégué du personnel, mais uniquement un conseil d'établissement, et impossibilité de recourir aux prud'hommes en cas de renvoi (19). Bien qu'une des premières missions de l'ESAT soit de développer les capacités de ceux d'entre nous qui y travaillent pour qu'ils puissent peu à peu travailler en milieu ordinaire, en analysant la situation, on s'aperçoit que, pour les rares qui parviennent à s'extirper du monde particulier des ESAT, grâce à une "mise à disposition" pour une entreprise ordinaire qui ne peut excéder une durée de 2 ans par contrat, ces établissements deviennent souvent des lieux de replis après un licenciement qui peut être notamment dû à un manque de productivité, un manque d'autonomie etc... Cependant les ESAT sont des entreprises en parti subventionnées par l'Etat, et comme toutes entreprises ils ont des obligations de rendement et de productivité, sous peine de voir leurs subventions baissées et, à plus long terme, de devoir fermer (20). En travaillant 35 heures par semaine, la personne handicapée perçoit une "rémunération garantie", qui n'est pas considérée comme étant un salaire et ne cotise donc pas au chômage. Cette rémunération garantie est comprise entre 55% et 110% du SMIC et se compose d'une part financée par l'ESAT, qui ne peut être inférieur à 5% du SMIC, et d'une "aide au poste" versée par l'Etat, qui ne peut être supérieure à 50% du SMIC. Si le financement du travailleur(euse) handicapé(e) par l'ESAT est comprise entre 5% et 20% du SMIC alors l'aide au poste sera égale à 50% du SMIC. Si la rémunération de ce(tte) travailleur(euse) par l'ESAT est supérieure à 20% du SMIC, alors l'aide de l'Etat diminue de 0,5% à chaque fois que la subvention de l'ESAT augmente de 1%. Ainsi, ceux et celles d'entre nous qui travaillent en ESAT bénéficient généralement d'une rémunération allant de 70 à 90% du SMIC, qui est complétée par une Allocation Adulte Handicapé (AAH) qui permet d'arriver au montant du SMIC. Lorsqu'une personne travaille à temps partiel, la "rémunération garantie" est réduite proportionnellement (21).
Les Ateliers Protégés devenus depuis 2005 les Entreprises Adaptées (EA), sont des structures devant employer au moins 80% de personnes handicapées qui sont elles aussi subventionnées par l'Etat qui verse une "aide au poste" égale à 80% du SMIC brut par mois. Mais, contrairement aux ESAT, au sein des EA le code du travail est en vigueur et tout salarié dispose de toutes les conditions de représentation ordinaires (CE, syndicats etc...). Lorsqu'il travaille dans ce type d'entreprise, le ou la salarié(e) handicapé(e) ne peut être payé en-dessous du SMIC, mais sa rémunération ne peut excéder 130% du SMIC (22).
Pour autant il faut également savoir que lorsqu'une personne handicapée, travaillant en ESAT, en EA ou en milieu ordinaire, gagne un salaire supérieur au SMIC, l'Allocation Adulte Handicapée lui est purement et simplement retirée!

Mais la vie à l'extérieur n'est pas beaucoup plus facile. Que l'on ait ou non passé plusieurs années dans des institutions, il est toujours difficile de ne pas être infantilisé et de se faire respecter, surtout quand on a constamment besoin d'aide. Faire appel à un(e) Auxiliaire de Vie Sociale (ou Scolaire tout dépend des besoins) (AVS), c'est faire entrer dans nos vies une ou plusieurs personnes qui nous sont totalement inconnues et leurs dévoiler une partie de notre intimité matérielle et physique et perdre ainsi presque toute vie privée. Ces personnes sont de plus en plus souvent recrutées parmi les chômeurs de longue durée et connaissent donc extrêmement mal le handicap et toutes ses variations. Or ce métier demandant un engagement énorme et beaucoup de temps afin de mieux comprendre la personne handicapée et ses besoins, ne peut pas être accomplit dans une démarche uniquement alimentaire. Mais c'est pourtant ce qui arrive et nous sommes alors réduit à l'état de simples objets. Plusieurs causes peuvent expliquer cette attitude méprisante: le manque de formation professionnelle, le minutage général de la prestation, les tâches ingrates qu'il faut parfois effectuer, la peur du handicap, le fait que ce travail soit sous-payé... Les trop faibles moyens qui leurs sont alloués et le fonctionnement interne de ces entreprises font qu'il est difficile de répondre à toute la demande existante. Ainsi, pendant une journée un(e) AVS voit un grand nombre de personnes et ne peut donc pas construire des relations amicales allant au-delà du handicap avec les personnes dont elle s'occupe. Et même avec ce service qui devrait nous mener vers plus d'autonomie, tous nos besoins vitaux, comme se lever, manger, se laver, se coucher, dépendent de la disponibilité des AVS (23).

On se rend finalement compte que la personne handicapée n'a pas sa place au sein du néolibéralisme et de son corollaire économique le capitalisme, car elle ne répond pas aux normes morales, nous sommes souvent infantilisés et débilisés par le regard des autres, physiques, car certains d'entre nous ont besoin d'aide pour tous les gestes de la vie quotidienne, esthétiques à cause des traces que laisse le handicap sur nos corps et économique puisque, quand nous ne sommes pas au chômage, notre faible niveau d'instruction nous destine à des emplois précaires et que notre force de travail est généralement plus faible que celle d'un autre travailleur, nous sommes donc moins rentables pour la société. Or, si notre situation financière est souvent critique, nous avons besoin de moyens considérables pour nos soins supplémentaires (kiné, hospitalisation), notre vie quotidienne (Auxiliaires de Vie Sociales, fauteuil roulant manuel ou électrique) et notre autonomie (voiture adaptée, accessibilité de notre logement etc...). Par le social-darwinisme économique qu'il impose et sur lequel il est construit, le capitalisme nie les besoins élémentaires de millions d'hommes et de femmes et fragilise encore davantage des personnes déjà affaiblies par leur situation physique, psychique ou économique. Ainsi, il n'est pas rare d'entendre que des parents ont attenté à la vie de leur enfant handicapé car il ne supportaient plus le poids du handicap. En brisant toutes les possibilités de vie décente et d'autonomie, la société capitaliste fait de nous des "assistés". Mais qui sont les plus assistés: les personnes handicapées qui vivent avec 720€ par mois ou les banques du monde entier qu'on a renfloués à grands coups de milliards d'euros?

II-HANDICAP ET REVOLUTION

Aujourd'hui le handicap est entouré de tabous. La sexualité en est un, la scolarité en est un autre et le handicap dans son ensemble peut aussi en devenir un. Mais ces tabous, tout comme le mensonge de la normalité, ont été créés par la bourgeoisie conservatrice et c'est elle qui par sa vision des choses détermine ce qui nous est possible et ce qui nous est impossible, ce qui est vivable et ce qui ne l'est pas. En effet, lors de la révolution industrielle l'arrivée des machines dépeupla les campagnes et mit fin aux entreprises artisanales familiales dans lesquelles les personnes handicapées avaient leur place. Ainsi, l'ouvrier chargé de la production des machines ne devait avoir aucune déficience qui l'empêcherait d'utiliser ces machines. Puis, l'exigence grandissante de productivité, les cadences de travail et les normes de production finirent par totalement exclure les personnes handicapées du processus de production (24).

Ainsi, le capitalisme est la cause première de notre handicap et le combat quotidien que nous devons y mener pour survivre est épuisant et ne nous laisse donc que peu de temps pour développer une conscience révolutionnaire. Parfois, le handicap réduit ainsi considérablement l'accès à la culture puisque beaucoup d'ouvrages essentiels sont tous simplement introuvables en caractères agrandis, en braille ou sur CD. Enfin, l'influence des oeuvres caritatives religieuses, n'est probablement pas négligeable dans la non politisation des personnes handicapées. Pourtant, comme je l'ai précédemment montré avec les 220 méthodes d'action non violente (25), nous avons totalement notre place dans le processus révolutionnaire. En période révolutionnaire nous pourrons être impliqués dans toutes actions de soutien moral et pratique envers ceux qui en auront besoin et nous pourrons assurer la formation des nouveaux militants. Il nous faut donc détruire le capitalisme pour bâtir un monde nouveau dont les bases ont été pensées il y a plusieurs siècles.

Au sein du capitalisme nous sommes une force productive, le plus souvent imposée au patronat par les quotas de 6% de personnes handicapées obligatoire dans toute entreprise d'au moins cents salariés, qui est fortement précarisée (manque de formations, chômage) et exploitée (salaire inférieur au SMIC dans les ESAT). Dans la grande majorité des cas nous vendons notre force de travail à des entreprises et nous ne possédons pas les moyens de production sous forme de biens. Nous faisons donc parti du prolétariat. En tant que prolétaires nous faisons donc parti de la classe ayant tout intérêt dans la révolution.

Or jusqu'à ce jour les institutions réformistes fortement bureaucratisées nous ont toujours laissé que des miettes, se souciant beaucoup plus de leurs intérêts personnels que de ceux du peuples et des personnes handicapées. Au contraire, les grands bouleversements sociaux et culturels, et ce dans tous les domaines, ont toujours été le fait de révolutions.

Aujourd'hui que ce soit dans la vie quotidienne ou dans nos combats face au capitalisme nous sommes isolés car les rares luttes impulsées dans le domaine du handicap sont le plus souvent menées pour les personnes handicapées et non pas par les personnes handicapées.
Actuellement beaucoup de personnes handicapées sont affectées par la solitude. mais la réflexion personnelle et collective, le partage, la solidarité, l'entraide et l'amitié que nous retrouvons dans des groupes d'action et de formation ainsi que dans le syndicalisme révolutionnaire, permettent de se construire petit à petit au contact des autres tout en combattant l'emprise quotidienne du capitalisme en reprenant peu à peu le contrôle de nos vies.

Mais pour que nous renversions le capitalisme lors de la révolution, nous devons construire une organisation de masse. Pour que cette organisation soit véritablement unitaire, il faut qu'elle fédère tous les courants de pensées révolutionnaires traversant le prolétariat tout en préparant la gestion socialiste de la société par les travailleur(euse)s eux (elles)-même sans justifier l'existence d'une avant-garde pouvant s'avérer contre-révolutionnaire.. Cette organisation ne peut donc être le parti politique, même révolutionnaire, car il nécessite l'adhésion à une idéologie précise. Il faut donc que cette organisation soit indépendante de tous partis politiques. Or, historiquement cette organisation c'est le syndicat. Mais aujourd'hui le mouvement syndical est divisé. Cependant pour instituer un rapport de force favorable à notre classe nous devons être unis, ce qui implique la réunification de toutes les structures syndicales portant un projet révolutionnaire: CGT, SUD, CNT, FO, FSU et autres syndicats oppositionnels afin de construire le front unique révolutionnaire.

Pour renforcer cette unité les différentes professions seront regroupées par syndicat d'industrie (26) qui en plus d'empêcher le corporatisme, enrayera efficacement la stratégie de division des travailleurs en empêchant leur mise en concurrence, leur permettra de connaître l'ensemble du fonctionnement de leur branche et facilitera la reprise en main de l'économie par les travailleur(euse)s lors de la révolution. Quant à nous, nous pourrons alors créer des liens de camaraderie et trouver une place dans la reconstruction de la société, tout en menant nos luttes avec des valides à nos cotés et ainsi mettre fin à la barrière valides / handicapés qu'il peut parfois exister.
De part sa nature polymorphe, le handicap se trouve au point de rencontre entre différents corps de métiers: les transports, le bâtiment, le médical... Grâce à sa dimension interprofessionnelle, aboutira à une meilleure coordination des différents secteurs d'activité où le handicap doit être pris en compte et facilitera également notre regroupement afin de porter nos revendications d'une seule voix.

Cette solidarité naissante sera renforcée par la redynamisation des Bourses du Travail (27) au sein desquelles les prolétaires sont organisés au niveau local, ou nous pourront commencer à mettre en pratique nos principes en mettant en place des services d'entraide socialisés tels que des formations professionnelles, des écoles, des cantines collectives, etc qui courcircuiteront celles de l'Etat et ainsi permettre l'édification d'une contre société ouverte au plus grand nombre et ce, dans toutes ses activités: loisir, travail, éducation... Nous pourrons ainsi développer des liens avec des camarades géographiquement proches de nous ce qui rendra encore une fois possible une meilleure appréhension du handicap (28).

III-LE HANDICAP EN SOCIETE ANARCHISTE

La société libertaire étant ouverte à tous, nous y trouveront naturellement notre place. C'est alors seulement que nous serons l'égal de tous et que nous pourront pleinement prendre les décisions nous concernant. Pour que cela soit possible, nous devrons sensibiliser toute personne au handicap er cette sensibilisation, même partielle, pourra dissiper une peur éventuelle et être décisive dans certains domaines comme l'accessibilité des bâtiments.
Ainsi, tous les lieux devront être accessibles aux plus handicapé(e)s d'entre nous, car tout endroit qui nous sera accessible le sera aussi à toute personne n'ayant aucune difficultés. La mise en commun de nos expériences respectives du handicap sera alors nécessaire lors de la rénovation ou de la construction de nouveaux bâtiments, ou l'utilisation d'ascenseurs et de rampes d'accès devra être systématique.

Alors qu'aujourd'hui prendre les transports en communs relève du parcours du combattant, ils pourraient tous nous être accessibles si tous les arrêts étaient munis d'un ou plusieurs ascenseurs en état de marche, si l'accès à la rame nous était favorisé par une construction au ras du sol et proche du quai et si les places handicapées étaient plus nombreuses. En effet, là où aujourd'hui il n'y a que deux places accessibles par TGV ( dont une seule destiné à un fauteuil), la multiplication des places adaptées, une trentaine par rame, 20 avec des sièges pour les personnes handicapées pouvant se transférer et qui pourraient être utilisées par des valides lorsqu'elles ne sont pas nécessaires, et 10 réservées pour les personnes ayant un handicap plus lourd, devraient nous permettre de vivre de façon plus spontanée en facilitant grandement notre autonomie.

La disparition de l'argent, en plus de mettre fin à la hiérarchie entre riches et pauvres, garantira une plus grande égalité entre les hommes en remettant les besoins humains au centre de la société. Cela mettra également fin à la prostitution telle que nous la connaissons et la question de l'assistance sexuelle serait résolue, puisque les personnes assurant cette activité, le ferait uniquement par plaisir ce qui permettra de construire une relation sur de véritables sentiments
Ainsi, l'aide qui nous sera quotidiennement apportée naîtra à partir de relations d'entraide plus saines envers les personnes handicapées, car elles ne seront plus guidées par un quelconque rapport à l'argent. De ce fait, cette aide serait assurée par une ou plusieurs personnes qui nous voient évoluer au quotidien et qui appréhenderaient jours après jours, les changements physiques et psychologique de notre handicap. Une confiance mutuelle et une connaissance de l'un et de l'autre, se construirait alors entre nous et les personnes désirant nous aider.

Tout individu étant petit à petit sensibiliser au handicap, nos besoins et nos envie seront de mieux en mieux compris(es) et respecté(e)s et nous pourront bénéficier du temps nécessaire à notre apprentissage et à la découverte de nouvelles choses. Alors qu'aujourd'hui un enfant handicapé scolarisé en milieu ordinaire n'a le choix qu'entre la négation de son handicap, parce qu'après tout "c'est un enfant comme les autres", ou le regard misérabiliste renvoyant l'image du "pauvre handicapé", au sein de la société libertaire les enfants valides et handicapés seront constamment mélangés, non pas comme c'est le cas aujourd'hui, pour faire disparaître la peur du handicap chez ceux qui n'y sont pas confrontés mais bien pour que chacun puisse s'épanouir pleinement au contact de l'autre. Alors qu'aujourd'hui une très faible proportion d'enfants handicapés sont scolarisés en milieu ordinaire (29), dans la société libertaire tout enfant, quelque soit son handicap, aurait droit à une scolarisation aux côtés des valides. Mais le partage des connaissances ne subira aucune limite d'âge, puisque toute personne désirant approfondir ses compétences dans un domaine ou en découvrir d'autre pourra effectuer une formation.

L'éducation parentale pourrait être assurée par plusieurs personnes afin de soulager une éventuelle famille pour qui le handicap de leur enfant devient trop lourd en tenant compte des envies de l'enfant et des personnes qui souhaitent s'engager. Ceci permettrait une meilleure connaissance du handicap dans l'ensemble de la société.
Enfin, afin que toute personne handicapée autonome puisse vivre là où elle le souhaite, il faudrait que toute habitation soit de plein pied. Pour les actes les plus difficiles (coucher, douche, etc...) qui peuvent nécessiter de l'aide, nous pourrions créer une "équipe de veille" constituée de volontaires, dont les membres changeraient plusieurs fois par jour et que les personnes handicapées pourraient contacter à chaque fois que cela est nécessaire. Cette aide ponctuelle pourrait également être facilité si certains moments de la vie quotidienne, repas notamment, se déroulaient les uns avec les autres.

SEULE UNE REVOLUTION SOCIALE PERMETTRA L'ENTIERE EMANCIPATION DES PERSONNES HANDICAPEES, ET CETTE EMANCIPATION SERA L'OEUVRE DE L'ENSEMBLE DE NOTRE CLASSE!!

Merci à toutes les personnes ayant participées de près ou de loin à l'élaboration de cet article et à toutes celles qui prendront le temps de le lire.

Spike (2012)

NOTES: (1): http://www.inegalites.fr/spip.php?article549&id_mot=90
(2): http://www.slideshare.net/gduboz/les-discriminations-envers-les-handicaps
(3): http://www.sosfemmes.com/sexwork/sexwork_droit.htm
(4): Claudine LEGARDINIER : "La Prostitution" ed. Milan p.6,7
(5): http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=3A3D35740171211C13424AC9D0C6A8A3.tpdjo14v_3?idSectionTA=LEGISCTA000006165301&cidTexte=LEGITEXT000006070719&dateTexte=20111013
(6): http://site.strass-syndicat.org/wp-content/uploads/2011/06/dossier_de_presse_penalisation_clients.pdf
(7): http://www.quelsexe.com/article.php?ar=21
(8): Expression emprunté au livre de J. Vanier et J Kristeva Leur Regard Perce Nos Ombres ed. Fayard 2011
(9): http://informations.handicap.fr/art-news-handicap-2010-683-3278.php
(10): http://www.haxy.be/610/
(11): http://www.handicaps.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=260:statistiques&catid=37:handicaps-plus&Itemid=187
(12): http://www.rue89.com/rue69/2011/04/09/pas-de-ca-chez-nous-le-sexe-interdit-aux-handicapes-mentaux-197981
(13): http://www.feministes.net/sterilisation_handicapees.htm et http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/984001636/0000.pdf
(14): Pour de plus amples informations sur les différentes structure existantes vous pouvez consulter la page: http://www.mdph77.fr/le-glossaire-des-etablissements
(15): Le SASSAD ainsi que les CMPP / CAMSP sont ici mentionnés à titre purement indicatifs, car on ne vit pas dans ces deux institutions.
(16): A lire par exemple sur le sujet: Alexandre Jolien: Eloge De La Faiblesse ed. PUF 1999
(17): http://www.handeco.org/
(18): cf Guide du handicap mars-avril 2010, ed. ESF p.95 à 100
(19): http://www.atoute.org/n/forum/showthread.php?t=117309
(20): http://www.cat-lebocage.com/index.php?page=PRESENTATION/UN ESAT/Unesat2.php
(21): http://adapeiardeche.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=17&Itemid=81
(22): http://www.unapei.org/article/le-milieu-adapte-de-travail-les.html et http://etapes2.pagesperso-orange.fr/handicap/handicap_droit.htm
(23): http://blog.van-proosdij.fr/2011/06/14/sante-service-quand-les-protocoles-ignorent-lhumain-ou-histoire-de-la-degradation-des-soins-fondamentaux/
(24): http://quefaire.lautre.net/archives/article/marxisme-et-handicap
(25): http://anarchietotale.free.fr/220methodesnonviolence.html
(26): Le syndicalisme d'industrie consiste à rassembler l'ensemble des métiers d'un même corps de métiers par branches professionnelles plutôt que par entreprise, et ce quelques soit le niveau de professionnalisation des travailleur(euse)s, ce qui permet une plus grande solidarité.
(27): A propos des Bourses du Travail, voir la fiche de formation n°1 du CSR ou l'article des Redskins Limoges: http://redskins-limoges.over-blog.org/article-les-bourses-du-travail-57321477.html
(28): Pour en savoir plus sur les stratégies syndicalistes révolutionnaire, voir le site du CSR: http://syndicaliste.fr/
(29): http://www.webcastors.net/icom/fiches/avis_scolarisation.pdf




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